Où va le cinéma ?

FILIATION, TRANSMISSION : QUELLES GÉNÉALOGIES ?

Jeudi 4 décembre / 18h - 19h30
Centre Pompidou / Petite salle

Débat retransmis en direct | Participez au débat

« Nous, nous sommes les premiers cinéastes qui savons que Griffith existe. » Jean-Luc Godard

Entre héritage et citation des maîtres anciens, les cinéastes contemporains sont hantés par les fantômes de l’histoire du cinéma autant que tentés de s’en détacher. Ou comment s’affranchir avec légèreté du poids du passé.

Au début d’Un conte de Noël, le dernier film d’Arnaud Desplechin, un père enterre son fils et ne semble pas s’en lamenter ; au contraire, il s’en réjouit car, dit-il, cette mort est pour lui une seconde naissance. Plus tard, un autre fils, par le don de sa moelle osseuse, sauvera sa mère d’une mort certaine. La messe est dite : ce sont désormais les enfants, libérés du poids de la filiation, qui (re)donnent vie à leurs parents. Cette profession de foi du réalisateur de La Vie des morts pourrait bien valoir pour tous les cinéastes qui se posent
la question de l’héritage.

Aux ancêtres, ces géants à qui l’on ne peut se mesurer et qui refusent de laisser place nette, les héritiers revenus de tout (et notamment d’entre les morts, d’où la profusion de fantômes dans leurs films) opposent leur gratitude, certes, mais avant tout leur vitalité nouvelle, leur désinvolture, leur indépendance. Ni idolâtres ni iconoclastes : affranchis (avec ce que cela suppose d’amour envers ses maîtres). C’est ainsi que nombre de cinéastes semblent aujourd’hui résoudre la question, inévitable et tétanisante, de la filiation. Outre Arnaud Desplechin, dont on rattache souvent l’oeuvre à celles de Bergman et d’Hitchcock, Christophe Honoré se pose lui aussi en héritier désinvolte de la Nouvelle Vague, multipliant sans vergogne les citations littérales de Godard, Demy ou Eustache. Et c’est précisément dans cette absence de vergogne que résident la nouveauté et la valeur de ce cinéma-là.

Il ne s’agit plus, à l’instar des maniéristes, de refaire les films, les scènes ou les plans qu’on a aimés, d’en extraire et d’en grossir les détails, d’en triturer la matière jusqu’à parfois s’y noyer, bref de vivre dans les films. Non, il s’agit désormais de vivre à travers eux, d’arroser généreusement l’écran des formes passées pour, une fois l’aplat séché, y tracer son propre trait. Un mode opératoire essentiellement ludique, proche dans sa finalité du sampling inventé pour les musiques électroniques, et que Quentin Tarantino a poussé à son paroxysme en assemblant entièrement ses films à partir de scènes déjà vues ailleurs Bien au-delà du brillant exercice de style auquel on le réduit trop souvent, il a ainsi su faire de sa boulimie citationnelle un outil d’investigation du monde, pour s’élever au-dessus des débris et pour affirmer sa singularité… Faire renaître les parents à travers soi, danser avec les fantômes, se tailler un costume de luxe avec des tissus dépréciés : voilà quelques propositions de cinéastes qui, conscients qu’ils viennent après l’après, ne comptent pas se laisser écraser par le poids du passé.

Par Jacky Goldberg, les Inrockuptibles

INTERVENANTS

Eugène Green, cinéaste
Né en 1947, d’origine américaine, Eugène Green débute sa carrière artistique comme peintre avant de fonder la compagnie dramatique du « Théâtre de la Sapience ». Artiste protéiforme, à la fois dramaturge, écrivain et poète, il débute au cinéma en 2001 avec Toutes les nuits, œuvre stylisée aux accents bressoniens, récompensée par le Prix Louis-Delluc du meilleur premier film. Après Le Monde vivant, fantaisie médiévale présentée à la Quinzaine des Réalisateurs 2003, il fait appel à Natacha Régnier et Denis Podalydès pour Le Pont des arts sorti en 2004. Les Signes (2006), sa dernière réalisation à ce jour, est un moyen métrage avec Mathieu Amalric. Il a publié en 2008 son premier roman, La Reconstruction (éd. Actes Sud).
Alain Guiraudie, cinéaste
Né en 1964, il réalise un premier court métrage en 1990, Les Héros sont immortels, bientôt suivi de Tout droit jusqu’au matin, La Force des choses ainsi que Du Soleil pour les gueux, son quatrième moyen métrage. Ce vieux rêve qui bouge, moyen métrage, lauréat du Prix Jean Vigo en 2001, est très remarqué à la Quinzaine des Réalisateurs. Suivront deux longs métrages, Pas de repos pour les braves en 2003, puis Voici venu le temps, en 2005, nouveaux fragments d’une utopie politique et sexuelle, avec comme terrain d’expérimentation un Sud-Ouest auquel Alain Guiraudie est viscéralement attaché. Il vient d’achever le tournage de son dernier opus Le Roi de l’évasion dont la sortie est prévue en 2009.
Mia Hansen-Love, cinéaste
Née en 1981, actrice pour Olivier Assayas (Fin août, début septembre en 1999, Les Destinées sentimentales en 2000), elle est admise en 2001 au Conservatoire d’art dramatique du 10ème arrondissement de Paris. De 2003 à 2005, elle écrit aux Cahiers du cinéma et réalise des courts métrages. Son premier long, Tout est pardonné, présenté à la Quinzaine des Réalisateurs, est sorti en salles en septembre 2007. Son prochain film, Le Père de mes enfants, devrait sortir en 2009.
Christophe Honoré, cinéaste
Né en 1970, il publie des romans pour enfants et adultes, écrit pièces de théâtre et scénarios, collabore à des revues de cinéma, avant de réaliser son premier long métrage, 17 fois Cécile Cassard, en 2000. Suivront Ma mère en 2004, adaptation du roman de Georges Bataille, puis Dans Paris en 2006, et Les Chansons d’amour, sélectionné au Festival de Cannes 2007, deux films nés et nourris de l’histoire du cinéma qui les a précédés. Son dernier film, La Belle Personne, adapté de La Princesse de Clèves, est sorti en salles en septembre 2008.

Modération : Jean-Marc Lalanne, critique cinéma aux Inrockuptibles

5 QUESTIONS

Un cinéaste peut-il n’avoir ni père ni mère, pas de famille ?

jarmush, le 1 décembre 2008 à 18:56

Bonjour Christophe,

Qui sont vos héritiers ?

Frédéric, grand admirateur

Frédéric, le 4 décembre 2008 à 13:52

Qui sont vos “pères” en dehors du cinéma??

Rosemarie, le 4 décembre 2008 à 13:53

Parmi vous qui explore des terrains vierges?

guy renand, le 4 décembre 2008 à 13:58

Mia,
Est-ce que le fait d’être une femme, la seule de la table ronde d’ailleurs, déplace pour vous cette question de la filiation?

buffalo66, le 4 décembre 2008 à 15:22

PARTICIPEZ

LEURS RÉPONSES

Acteurs et réalisateurs répondent à cette question centrale : “Où va le cinéma ?”


  • M. NIGHT SHYAMALAN

    Cinéaste américain
    Dernier film : Phénomènes


  • CARICE VAN HOUTEN

    Actrice néerlandaise
    Dernier film : Black Book de Paul Verhoeven


  • LISANDRO ALONSO

    Cinéaste argentin
    Dernier film : Liverpool


  • BONG JOON HO

    Cinéaste coréen
    Dernier film : The Host


  • YU LIK-WAI

    Cinéaste chinois
    Dernier film : All Tomorrow’s Parties


  • GEORGE A. ROMERO

    Cinéaste américain
    Dernier film : Diary of the Dead


  • MIGUEL GOMES

    Cinéaste portugais
    Dernier film : Cher mois d’août


  • SERGE BOZON

    Acteur et cinéaste français
    Dernier film : La France


  • KIJU YOSHIDA

    Cinéaste japonais
    Dernier film : Femmes en miroir


  • DAVID STRATHAIRN

    Acteur américain
    Dernier film : My Blueberry Nights


  • ALBERT SERRA

    Cinéaste espagnol
    Dernier film : Le Chant des oiseaux


  • HOU HSIAO-HSIEN

    Cinéaste Chinois
    Dernier film : Le Voyage du ballon rouge

Toutes les vidéos “Où va le cinéma ?” sur Dailymotion »