Où va le cinéma ?

MARCOS UZAL

Marcos Uzal a écrit pour Exploding, Cinéma, Trafic et pour Vertigo, revue d’esthétique dont il est actuellement corédacteur en chef. Il est par ailleurs l’un des sept responsables de l’ouvrage Pour João Cesar Monteiro (éd. Yellow Now, 2004). En 2007, il a codirigé un numéro de CinémAction consacré à Tod Browning. Il est également codirecteur de la collection « Côté Films » aux éditions Yellow Now, pour laquelle il a écrit un essai sur Vaudou de Jacques Tourneur. Il a réalisé quatre courts métrages.

Vos questions sont intimidantes, parce qu’elles nous engagent à avoir une vue générale là où, plus que jamais, valent surtout les cas particuliers. Aujourd’hui, il n’y a effectivement plus de grands mouvements critiques mais plutôt des individus formant des groupes dont l’énergie et les désirs se cristallisent parfois dans une revue. L’amitié compte alors au moins autant que les idées. Parler de « la critique » comme d’un tout me semble donc plus impossible que jamais, et la question « Où va la critique ? » n’a au fond aucun sens. Chacun va où il veut aller. Par exemple, l’agonie des Cahiers du cinéma est le fruit d’une incohérence prolongée avec laquelle je n’ai rien à voir.

Je ne crois pas que nos rapports aux œuvres d’art aient radicalement changé depuis Diderot ou Baudelaire, et que notre approche des films soit aujourd’hui fondamentalement différente de celles d’Epstein, Bazin, Rivette ou Amengual. Et au nom de quoi devrait-elle l’être ? Des universités ? Des musées ? Des nouvelles inventions technologiques ? Je ne me sens au service de rien de tout cela. Les outils ne sont que des outils, ils n’inventent rien, ils ne valent que pour ce que l’on en fait. Être seul face à des œuvres (de la découverte d’un film à l’écriture d’un texte), voilà notre plus sincère activité. Tout le reste est acrobatie sociale ou simplement gagne-pain. Mais partager ce que l’on aime n’est pas le pire moyen de gagner sa croûte.

La peur d’être dépassé semble souvent dominer les pensées de ceux qui doivent rendre compte de l’actualité. Face à l’accélération constante des modes de production et de diffusion, des supports et des technologies, je peux comprendre leur vertige mais je refuse d’y prendre part. Je préfère prendre mon temps plutôt que subir le rythme que nous imposent les distributeurs et les promoteurs en tous genres (même SFR s’y est mit : les « pocket films » –comme si l’on commandait à des peintres de dessiner avec les derniers feutres à la mode). Je préfère trancher plutôt que tout prendre, m’offrir le privilège de choisir. Car tout est intéressant si on le décide (position universitaire), mais ne vaut finalement que ce qui nous touche. Je ne crois donc bien évidemment en aucun système.

LEURS RÉPONSES

Acteurs et réalisateurs répondent à cette question centrale : “Où va le cinéma ?”


  • M. NIGHT SHYAMALAN

    Cinéaste américain
    Dernier film : Phénomènes


  • CARICE VAN HOUTEN

    Actrice néerlandaise
    Dernier film : Black Book de Paul Verhoeven


  • LISANDRO ALONSO

    Cinéaste argentin
    Dernier film : Liverpool


  • BONG JOON HO

    Cinéaste coréen
    Dernier film : The Host


  • YU LIK-WAI

    Cinéaste chinois
    Dernier film : All Tomorrow’s Parties


  • GEORGE A. ROMERO

    Cinéaste américain
    Dernier film : Diary of the Dead


  • MIGUEL GOMES

    Cinéaste portugais
    Dernier film : Cher mois d’août


  • SERGE BOZON

    Acteur et cinéaste français
    Dernier film : La France


  • KIJU YOSHIDA

    Cinéaste japonais
    Dernier film : Femmes en miroir


  • DAVID STRATHAIRN

    Acteur américain
    Dernier film : My Blueberry Nights


  • ALBERT SERRA

    Cinéaste espagnol
    Dernier film : Le Chant des oiseaux


  • HOU HSIAO-HSIEN

    Cinéaste Chinois
    Dernier film : Le Voyage du ballon rouge

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