Où va le cinéma ?
HERVÉ JOUBERT-LAURENCIN

(english version follows)

Maître de conférences à l’Université Paris VII, Hervé Joubert-Laurencin est spécialiste d’André Bazin et de Pier Paolo Pasolini. Il a écrit Pasolini, portrait du poète en cinéaste (éd. Cahiers du cinéma, 1995) et a édité, de Pasolini, les Écrits sur le cinéma (P.U. de Lyon, 1987) et les Écrits sur la peinture (Carré, 1997). Ses recherches en cours portent sur la théorie et l’histoire de la critique de cinéma.

Novembre-Décembre 2008
Entre Paris et Yale, entre les deux parties du colloque « Ouvrir Bazin / Opening Bazin » .

1 - COMMENT ÇA VA ?
Ça va mal : les cahiers.
Ça va pas mal : la marge.

Les « systèmes, mouvements et courants » ne peuvent être « révolus » avant d’être connus. Pour l’instant, ils n’existent pas, car ils ne sont pas lus. Cela ne saurait tarder. Demain, on lira Bazin, pour commencer, puis tous les autres, comme un ensemble stratifié, tous se répondant comme des contemporains. Tous seront devenus des solitaires intempestifs. Alors on verra quel courant est, et s’il est dissipé, comme un mauvais élève. Viendront les récréations, les dissipés pourront s’exprimer. La critique de cinéma de 1945 à 1965 connaissait l’histoire littéraire de la critique, l’histoire de la critique littéraire, son modèle : elle n’allait pas le chanter partout, mais c’était réglé. La critique à venir connaîtra la critique de cinéma de 1945 à 1965, quand on lui donnera à lire.

2 - COMMENT ÇA MARCHE ?
André Bazin, 1958, Réflexions sur la critique, Cinéma 58, n°32 :
« Il n’y a pas en art d’erreurs absolues. La vérité en critique ne se définit pas par je ne sais quelle exactitude, mesurable et objective, mais d’abord par l’excitation intellectuelle déclenchée chez le lecteur : sa qualité et son amplitude. La fonction du critique n’est pas d’apporter sur un plateau d’argent une vérité qui n’existe pas, mais de prolonger le plus loin possible dans l’intelligence et la sensibilité de ceux qui la lisent, le choc de l’œuvre d’art. »

3 - COMMENT ÇA SE DÉPLACE ?
Le déplacement est celui du texte, pas du film (la critique est une affaire littéraire : quelle découverte !) : suivons donc la vie future des bases de données des bibliothèques elles aussi « passées au numérique ». Et quand tout Bazin, puis tout Rivette et tout Rohmer, tout Seguin et tout Tailleur voisineront avec tout Narboni, tout Leutrat et tout Schefer par la numérisation de leurs livres — ce qui a déjà commencé –, nous assisterons à un déplacement majeur de la fonction critique, et l’existence littéraire des films en sera profondément changée.

4 - COMMENT FAIRE ?
Le jugement de goût et l’efficacité prescriptive ne se proclament pas et ne s’analysent qu’a posteriori : tant pis pour le marketing, réduit à la vieille histoire quand il se croit action sur le présent. L’influence sociale de la parole écrite est posthume. Reste à inventer l’archive vivante des discours sur le film pour en savoir quelque chose.

5 - COMMENTAIRE
Comment taire ? Oui, voilà la bonne question. Comment faire taire les égos et les appareils ? Et laisser renaître les égaux et les sujets, les sujets sans égo et vivant dans les appareils : question politique générale, France, novembre 2008. En critique de cinéma : retrouver des écrivains empêchés qui font « tourner le bâillon sur la parole », mais un bâillon qu’ils ont eux-même fabriqué, un vrai gag personnel, un lapsus qui vient du dedans, pas une obligation à dire venue des institutions, petites et grandes (toujours la Leçon de Roland B., Points Seuil, page 14, et les Ecrits de Jacques L., Points Seuil, page 147).

***

1 – HOW IS IT DOING?
They are doing badly: the Cahiers.
It’s not doing badly: the margin.

The “systems, movements and currents” cannot be “bygone” before being known. For the moment, they do not exist, because they are not read. They should be anytime soon. Tomorrow, one will read Bazin, to start, then all the others, like a laminated unit, all of them answering one another like contemporaries. All will have become inopportune recluses. Then one will see which current is, and if it is dissipated, like a bad pupil. Intermissions will come; the dissipated will be able to express themselves. Film criticism from 1945 to 1965 knew the literary history of criticism, the history of literary criticism, its model: it wasn’t going to cry it out everywhere, but it was set. The critics to come will know the film criticism of 1945 to 1965, when it will be given to them for reading.

2 – HOW DOES IT WORK?

André Bazin, 1958, Réflexions sur la critique, Cinéma 58, n°32 :
“There are no absolute errors in art. The truth in criticism is not defined by whatever measurable and objective exactitude, but initially by the intellectual excitation stirred in the reader: its quality and its amplitude. The critics function is not to serve an inexistent truth on a silver platter, but to prolong the shock of the work of art as far as possible into the intelligence and the sensitivity of those who read it.”

3 – HOW DOES IT MOVE ABOUT?

The movement is that of the text, not of the film (criticism is a literary business: what a discovery!): let us therefore follow the future life of library databases who have also “shifted to digital”. And when all of Bazin, then all of Rivette and all of Rohmer, all of Seguin and all of Tailor neighbour with all of Narboni, all of Leutrat and all of Schefer by the digitalization of their books – which has already started-, we will witness a major movement of critical function, and the literary existence of films will be radically changed by it.

4 – HOW DOES IT GO ABOUT?
Judgement of taste and prescriptive effectiveness are only proclaimed and analyzed afterwards: too bad for marketing, reduced to old history when it believes itself action over the present. The social influence of written words is posthumous. The possibility to invent a living database on film discourses, to find out something more, remains.

5 - COMMENT

How to hush? Here is the right question. How to hush the egos and the apparatuses? And to enable the rebirth of equals and subjects, subjects devoid of egos and living in apparatuses: general political question, France, November 2008. In film criticism: to find troubled writers who make “the muzzle turn on speech”, but a muzzle that they manufactured themselves, a real personal gag, a verbal slip that comes from inside, not an obligation coming from small and large institutions (always Leçon by Roland B., Points Seuil, page 14, and les Ecrits by Jacques L., Points Seuil, page 147).

LEURS RÉPONSES

Acteurs et réalisateurs répondent à cette question centrale : “Où va le cinéma ?”


  • M. NIGHT SHYAMALAN

    Cinéaste américain
    Dernier film : Phénomènes


  • CARICE VAN HOUTEN

    Actrice néerlandaise
    Dernier film : Black Book de Paul Verhoeven


  • LISANDRO ALONSO

    Cinéaste argentin
    Dernier film : Liverpool


  • BONG JOON HO

    Cinéaste coréen
    Dernier film : The Host


  • YU LIK-WAI

    Cinéaste chinois
    Dernier film : All Tomorrow’s Parties


  • GEORGE A. ROMERO

    Cinéaste américain
    Dernier film : Diary of the Dead


  • MIGUEL GOMES

    Cinéaste portugais
    Dernier film : Cher mois d’août


  • SERGE BOZON

    Acteur et cinéaste français
    Dernier film : La France


  • KIJU YOSHIDA

    Cinéaste japonais
    Dernier film : Femmes en miroir


  • DAVID STRATHAIRN

    Acteur américain
    Dernier film : My Blueberry Nights


  • ALBERT SERRA

    Cinéaste espagnol
    Dernier film : Le Chant des oiseaux


  • HOU HSIAO-HSIEN

    Cinéaste Chinois
    Dernier film : Le Voyage du ballon rouge

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